De temps en temps, je fais des heures supplémentaires. Rarement par conscience professionnelle, croyez-le bien, je ne voudrais pas finir comme mon cousin (par alliance) Côme. Mais ce vendredi, il y avait deux bonnes raisons pour que je m'y colle.Tout d'abord je devais impérativement boucler un rapport pour le soir même et j'avais passé mon après-midi à jouer à WOW avec mon pote Coruscant qui bosse au ministère de l'éducation nationale et s'ennuyait donc ferme comme à son habitude. Ensuite, parce que la déesse grecque qui préside au secrétariat de l'étage en dessous m'avait glissé plus tôt dans la matinée qu'elle devrait s'éterniser dans les bureaux alors qu'elle avait une soirée Chippendales prévue avec des copines.
J'ai digéré l'information et annulé ma soirée chez Estèphe (et comme il vient de se faire lourder par sa copine et que c'est chez elle qu'il comptait organiser l'événement, je ne pense pas avoir perdu grand-chose).
La Vénus susnommée, j'avais déjà été à deux doigts de la mettre au lit (si vous me passer l'expression) le soir de la fête de Noël organisée par le parlement. C'était compter sans l'initiative de cet abruti pompeux d'attaché culturel suédois qui a pensé que la meilleure stratégie pour rafler la mise était de la faire boire.
Je préfère vous passer les conclusions de cette triste affaire, la pauvre créature s'étant retrouvée à courir toute nue dans les couloirs du département d'agriculture à quatre heures du matin et est restée invisible pendant les trois semaines qui ont suivi cet incident.
A son retour, elle a joué les biches effarouchées avec un talent consommé qui a pu faire oublier ses débordements à la plupart des mâles du bâtiment. Pour ma part, et pour avoir vu à de nombreuses reprises ma sœur Framboise tenter la chose avec ses stilettos, je ne saurais effacer de ma mémoire (pourtant déjà bien imbibée de Grand-Marnier à cette heure) le moment grandiose où Demeter (c'est son prénom) a tenté de se servir un punch à l'aide d'un de ses bonnets de soutien-gorge.
Nos rencontres étaient donc restées courtoises pendant quelques mois. Le strip-tease oculaire auquel elle se livrait ces derniers temps, me jetant un regard par-dessus ses lunettes avant de les enlever pour caresser ses lèvres d'une branche mutine, me laissait cependant penser que nos relations étaient sur la voie du réchauffement diplomatique.
Nous étions vendredi et il ne fut donc guère nécessaire d'attendre bien au-delà de 19h30 pour voir les bureaux totalement désertés. Je descendis donc à l'étage inférieur à la recherche de ma nymphe que je découvris en train de dupliquer une série de directives européennes à l'aspect fort rébarbatif.
La conversation s'engagea sur le mode cordial dans ce local exigu et sans fenêtre. La chaleur aidant, nous nous laissâmes aller à tomber quelques vêtements superflus et à en déboutonner d'autres.
Quelques phrases bien torchées sur la symbolique de son nom pour faire prendre au dialogue un tour plus grivois, un ou deux gestes stratégiques qui ne rencontrèrent qu'une résistance de pure forme ("Oh non, pas ici !" n'étant jamais un argument recevable à mon sens), et nous voilà frémissants et enchevêtrés, nos gémissements noyés par le vrombissements des machines qui étaient maintenant les seules à éclairer l'espace exigu de leurs éclairs quasi stroboscopiques, à valoriser gaillardement nos heures supplémentaires. L'utilité première de l'habillage lumineux nous donna l'idée d'agrémenter nos ébats de quelques prises de vue en noir et blanc (ni elle ni moi n'ayant suffisamment d'audace pour nous asseoir sur la frêle photocopieuse couleur du service).
J'étais là, les fesses écrasées sur la vitre pendant que ma compagne s'occupait de la face recto quand l'engin sur lequel nous étions juchés se mit à renâcler. Au début, nous ne prêtâmes pas l'oreille à ses revendications. Mais quand, toujours pris dans l'action du moment, nous fûmes secoués en même temps que la carcasse de soubresauts cathartiques, il nous fallut bien nous rendre à l'évidence. Nous étions devant un sérieux problème de bourrage.
Instantanément dégrisés, nous descendîmes de notre monture afin d'en ouvrir tous les compartiments possibles et d'en extirper les vues compromettantes (et bien que relativement anonymes, compromettantes, elles l'étaient). Malgré des recherches approfondies et des interventions délicates, il nous fallut nous rendre à l'évidence, la machine refusait de reprendre du service.
C'est Demeter qui eut donc l'Idée de la soirée. Après avoir filé par son bureau pour aller chercher les clés de l'armoire à fournitures, nous fîmes deux copies du mode d'emploi de l'appareil récalcitrant (en utilisant une autre machine, évidement) et rentrâmes chacun de notre côté dans le seul but d'en apprendre suffisamment sur le fonctionnement de ce bidule pour ne pas se faire pincer en mauvaise posture.
Et c'est là que le bât blesse.
J'ai passé un week-end merdique à potasser une brique d'une abscondité repoussante pour comprendre comment fonctionnait l'engin. J'ai annulé des rendez-vous qui promettaient d'être super hype dans le seul but de m'éviter le ridicule. Je me suis levé hyper tôt (et vous n'imaginez même pas ce que ça veut dire pour moi) afin d'arriver avant tout le monde dans le local de reprographie pour constater que celui-ci était fermé tout simplement parce qu'un technicien quelconque a débloqué l'appareil dans la journée de samedi (Y'a des gens qui bossent le samedi dans ce bahut ???) et à découvert quelques copies qui ont atterri directement sur le bureau du chef de département.
Il se murmure que l'affaire fait grand bruit (oui, je sais, dit ainsi, ça paraît un peu paradoxal) et qu'il serait question de faire passer tous les employés susceptibles d'avoir utilisé la photocopieuse incriminée sur la vitre de celle-ci afin d'obtenir des preuves visuelles du délit. Je ne sais pas encore si je vais devoir procurer une photocopie de mon derrière, mais c'est clair que je serre les fesses et que je compte continuer à le faire juste pour passer incognito.
5 commentaires:
mais quel talent ! j'avoue que vos aventures ( ou plutot mesaventures ) sont for distrayantes a l'heure indue ou je vous lis .
Merci cher Anonyme, votre commentaire fera très plaisir à notre Calixte qui n'aime rien tant que de voir reconnaître ses qualités (réelles ou supposées, il ne s'encombre pas de ce genre de détail).
Pour le reste, il est extraordinairement doué pour s'attirer des emmerdements dans les situations les plus convenues (et encore, vous ne connaissez pas sa soeur).
Cher frangin,
Je ne vois absolument pas à quoi tu fais référence : je ne bois pas dans mes escarpins, ce sont les hommes me supplient pour boire à même les divins calices qui chaussent mes merveilleux petons. (sérieusement, j'ai vraiment fait ça ? )
En tout cas, je trouve honteux que tu me mettes en parallèle avec une gourdasse hellène qui n'a pas encore compris que boire à même son soutif' non seulement c'est périlleux mais ça manque cruellement de classe.
Vilain.
(heureusement que tu n'as aucune tache de naissance révélatrice sur le popotin. )
Oh non, putain, pas elle !
Votre sainteté, je t'avais dit de pas la mentionner dans ce blog. Calixte il est immunisé, c'est sa soeur. Mais dès qu'on parle d'elle elle débarque tu sais bien...
Je suis extrêmement en retard pour vous l'apprendre, puisque vous avez fait des recherches, mais ces machines ont l'odieux défaut d'être affligé d'une mémoire totale, totale et définitive car électronique, qu'il est presque impossible d'effacer.
non pas qu'on la consulte régulièrement, mais vous seriez surpris de voir certaines collections de postérieurs qu'on put se constituer des spécialiste de la revente de photocopieuses de deuxième main.
mad, en passant.
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