Bright young things

jeudi 8 avril 2010

Cela faisait quelques années que je n'avais plus été invité aux fêtes de Pâques chez les parents d'Arcangelo, à ces réceptions qui conservent une extravagance hors du temps qui me rappelle le film de Stephen Fry duquel mon billet tire son titre.
Loin du luxe casual de la villa d'Amalfi et de la douce bohême du palais vénitien où tout semble avoir été laissé là depuis les dernières heures de la sérénissime république, la maison de Rome reste admirable et imposante dans cette illusion qu'elle entretient que rien ne peut nous atteindre, que le cours des événements est immuable et que l'art de vivre reste la valeur suprême.

Bien sûr, chaque toile a droit à ses petits accrocs et je suis à peu près sûr que c'est ce goût de la comédie à l'italienne qui a poussé Arcangelo à nous réunir tous sous le même toit, Gabriel, Yuri, Calixte, Framboise et moi.
La première rencontre entre le violoniste et le playboy de rez-de-chaussée fut d'ailleurs à la hauteur des scènes de ménage les plus mémorables du cinéma puisqu'à peine aperçus, les deux coqs se sont jetés l'un sur l'autre avec l'intention affichée d'en découdre. Le pugilat aurait pu être réjouissant si, mus par un instinct très sûr, Gabriel et Framboise, ne s'étaient pas interposés avant que la moindre invective ait été échangée. Et les deux couples s'étaient croisés sur le qui-vive en échangeant moult regards qui faisaient vibrer l'air du couloir pourtant vaste.

Mais hier, tout était calme, où plutôt non.
La maison grouillait d'un monde joyeux. Les remarquables frères d'Arcangelo recevaient leurs élégants amis et ses cousines s'interpellaient pour échanger en piaillant des commentaires enthousiastes sur les merveilles accrochées à leurs tailles ou leurs épaules. Ici les soirées passent comme on tourne les pages d'un numéro de Vogue. Lucia portait une robe de Dior des années cinquante parsemée de roses bleues et pailletée d'argent.
J'avais été tellement heureux de la revoir à nouveau.
Nous avions repris notre flirt. Chacun en a un ici. Et elle n'avait pas interrompu le sien en m'annonçant au détour d'une gorgée de vin qu'elle se mariait cet été.
La nouvelle m'a rendu un peu nostalgique.

Ce soir, après une visite impressionnante des plus belles églises baroques que j'aie vues de ma vie, je suis passé par la bibliothèque où Arcangelo prenait un dîner tardif. Notre conversation a été rapidement abrégée par un Calixte venu se plaindre du potin que faisaient le Graphopathe et son boyfriend reclus, une fois de plus, dans leurs appartements. Notre hôte s'est dirigé vers la sortie en promettant qu'il allait y mettre bon ordre et n'est jamais revenu. J'ai donc pris moi-même le chemin de ma chambre.
A côté, les amants semblaient un peu apaisés et je me suis servi un doigt de vin en contemplant les peintures qui s'épanouissaient au cœur des moulures du plafond.
J'avais le sentiment d'appartenir à cet endroit. Pas une réminiscence fumeuse de vie antérieure pour groupie de Paco Rabanne, mais la paix que l'on éprouve en se sentant parfaitement à sa place dans l'espace et le temps. Le bonheur, la sérénité, presque le sens de la vie.

Cela à duré jusqu'à ce qu'un hurlement me fasse ouvrir les yeux et que je découvre que par la porte-fenêtre laissée ouverte, Framboise venait d'entrer en trombe, déchainée, humide et sentant l'aigre à en faire tomber les mouches

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