
Je suis un monstre d'indifférence.
Ce week end, ma collègue Marie-Cécile a perdu sa maman.
Marie-Cécile, je vous en reparlerai sans doute un jour, c'est ma spécialiste en propos déplacés. S'il y a un truc à ne pas dire ou une formulation maladroite à éviter, inutile de faire attention à ce que vous dites, c'est Marie-Cécile qui la servira au moment le plus inopportun pour la plus grande jubilation de ses fans (dont je fais partie).
La pauvre ce trouve donc face un deuil cruel et il nous semblait logique à nous, ses collègues, de lui signifier notre soutien en nous rendant au funérarium après notre journée de travail.
Le rendez-vous est pris et, vers 16h15, nous embarquons dans les voitures des quelques collègues dévoués qui feront la navette.
L'ambiance est celle qui sied à ce genre d'endroit. Le corps repose dans un cercueil sobre et le visage de la défunte n'est pas particulièrement avenant mais je n'ose pas trop en faire la remarque à ma collègue Psyché qui vient de trébucher sur une jardinière et n'a besoin que d'un geste de ma part pour partir dans un de nos habituels, tonitruants et, généralement, embarrassants fou rires. Les yeux me piquent un peu quand je passe devant la dépouille mortelle.
A la sortie de la chapelle, Marie-Cécile nous attend, visiblement éprouvée et, même si nous ne sommes pas proches du tout, ça me peine un peu de la voir dans cet état.
Je me penche pour l'embrasser.
-"Toutes mes condoléances, Marie-Cécile."
L'interpellée serre ma main et me fixe un long moment. C'est un peu gênant parce que je dois ressembler à un lapin russe avec mes yeux tout rouges. Elle pose son autre main sur mon avant bras et l'agrippe.
-"Merci. Ca me touche beaucoup de te voir si ému. Ta sensibilité est vraiment émouvante."
Je lui adresse un petit sourire triste et laisse ma place à Psyché qui a recouvré calme et solennité.
Une fois dehors le remord commence à me ronger. Pauvre Marie-Cécile. Je ne pouvais pas lui dire que j'ai fait des exercices au tableau toute la journée, que j'ai de la craie sur mes lentilles et que mon émotion, en fait, c'est de la conjonctivite.
Mais quand même.
PS : Jésus, Marie, Joseph. Pour illustrer le billet, j'ai voulu aller taper "conjonctivite" dans Google images. Je le conseille aux amateurs de sensations fortes.